Le permis de conduire japonais en poche !
Histoire de mon épopée pour acquérir ce précieux sésame.
Rouler avec le volant à droite.
C'est quelque chose que je n'avais jamais fait, et pourtant, depuis le 9 octobre 2024, je suis légalement autorisé à le faire !
À cette date, j'ai obtenu mon permis de conduire japonais et... je pense que l'histoire vaut le détour (de part ses différentes péripéties).
Aussi, vu les subtilités de certaines étapes du processus, je souhaitais le documenter pour aider quiconque désirant aussi se lancer dans cette épopée.
C'est parti !
Le processus complet #
Quand tu es de Nouvelle-Calédonie et que tu souhaites obtenir un permis de conduire japonais, comment dois-tu procéder ?
C'est ce que je me suis demandé et, comme pour le cas du visa de travail, je te laisse imaginer à quel point ça a été difficile de trouver les informations pour... notre cas spécial.
Ahh ça, spécial, on l'est toujours, n'est-ce pas ?
Avant de tout te détailler, laisse-moi te résumer les grandes étapes par lesquelles je suis passé. Qui sait, ça pourrait te servir à ton tour un jour.
- Obtenir une traduction officielle du permis de NC
- Créer un dossier pour l'obtention du permis japonais
- Soumettre le dossier au bon centre de délivrance
- Récupérer le sésame.
Maintenant que tu as l'idée générale en tête, voici comment ça s'est réellement passé pour moi.
Spoiler : Étant donné que "la Calédonie c'est la France" tu n'as PAS besoin de passer un quelconque test d'aptitude de conduite à aucun moment du processus d'obtention du permis.
Je t'en dis plus là-dessus dans cette section.
Obtention d'une traduction du permis calédonien #
Sache une chose : tu peux conduire au Japon avec une simple traduction d'un permis calédonien.
Tu n'es pas obligé d'avoir un permis japonais pour cela.
Si tu loues une voiture auprès des services de locations traditionnels (Toyota Rent a Car, Nippon Rent a Car, ORIX Car Rental, etc), ne disposer que de ton permis de NC et de sa traduction officielle suffit.
Le truc... c'est que tu ne peux pas nécessairement accéder à tous les services que les japonais utilisent avec leur permis local.
L'un de ces services est Times Car Share .
Il permet de louer une voiture de ton choix par tranche de 15 minutes, et cela, sans jamais avoir à interagir avec quelqu'un car tout se fait depuis l'application.
Je trouve ça ultra pratique.
Les tarifs d'entrée sont de ¥220 pour 15 minutes et il y a même un système de night pack qui t'offre la possibilité de louer une voiture de 18h à 8h pour moins de ¥4000.
Ça vaut le coup, n'est-ce pas ? (Surtout avec l'affaiblissement du yen.)
Et c'est justement ce que je souhaitais utiliser. C'est pour ça que je me suis lancé dans la quête d'obtenir un véritable permis de conduire japonais.
Il n'y a qu'avec ce dernier qu'on est autorisé à utiliser ce type de service — la traduction seule ne suffisant pas.
La toute première étape dans cette longue épopée était donc d'obtenir cette fameuse traduction officielle.
Note : Le "permis international" est un document différent de la "traduction officielle" de ton permis.
Demande et paiement de la traduction #
Pour obtenir une traduction officielle en japonais d'un permis calédonien, il faut se rapprocher d'une des nombreuses JAF (Japan Automobile Federation).
Jusqu'en 2020, il était possible de directement se rendre en agence mais la démarche doit désormais être faite en ligne.
Le processus reste toutefois globalement le même, tu dois fournir :
- un formulaire de demande de traduction de permis
- un scan du recto-verso de ton permis de conduire
- ¥4000 pour les frais de traduction.
Important : Sache que le formulaire de demande n'est accessible que depuis le Japon ou avec l'utilisation d'un VPN.
Une fois l'étape trois passée, le processus est vraiment rapide.
En trois jours top chrono, j'ai reçu un email de la JAF m'informant que ma traduction était prête à être imprimée.
L'email contenait un code à 8 chiffres.
Il ne me restait plus qu'à le saisir sur un photocopieur du 7-Eleven de mon choix pour imprimer ma belle traduction.
Sache que ce document n'est valable qu'un an.
Passé ce délai, il te faudra une nouvelle traduction pour conduire légalement au Japon. Dans mon cas, je ne souhaitais pas la renouveler des tas de fois car ce n'était que l'étape 1 de mon plus grand plan.
L'obtention du permis japonais.
Une fois ma traduction en poche, j'étais prêt à attaquer le plus gros morceau : la préparation du dossier pour l'obtention du permis.
Création du dossier pour la conversion en permis japonais #
Le Japon aime la paperasse (à un point où il faut avoir vécu ici pour le comprendre... émotionnellement, hum).
Pour convertir un permis, il faut constituer un dossier comprenant :
- ton passeport actuel (voire ton ancien mais c'est optionnel)
- ta carte de résident japonais (在留カード)
- l'historique de ton expérience de conduite dans le pays où tu as obtenu ton permis (doit prouver que tu as conduit au moins 3 mois)
- ton certificat de résidence (住民票)
- une photo d'identité.
Pour la photo d'identité, au Japon, c'est pratique. Tu peux en faire partout et à toute heure. Même dans le bâtiment où tu dois soumettre ton dossier.
Note : Ehhh oui, tu remarqueras qu'il faut une adresse de résidence au Japon.
En tant que touriste, il n'est donc probablement pas possible d'obtenir un permis japonais. Ou bien... il faut feinter.
Dans mon cas, voici ce que j'ai préparé :
- mes 5 dernières fiches d'imposition de NC
- mes 5 dernières factures téléphoniques de l'OPT
- une attestation de travail de mon précédent employeur en NC
- mon diplôme le plus récent
- mon permis de conduire et sa traduction officielle
- mon passeport
- ma carte de résident
- mon certificat de résidence.
Note : C'est OK si certains de ces documents sont en français, ils veulent principalement voir des dates.
Une fois tout cela sous le coude, il était temps de passer à l'étape d'après.
Soumission du dossier #
Une fois mon dossier assidûment préparé, je n'avais qu'une hâte : le soumettre en personne.
Il me fallait toutefois récolter une information capitale : identifier le centre de délivrance des permis de conduire (Driver's Licence Center) auquel je devais me rendre.
Et ça... ahhh, ça c'est marrant. C'est vraiment marrant.
Identification du BON centre de délivrance des permis de conduire #
Imagine que tu vives à Tokyo et que tu souhaites convertir ton permis.
Premier réflexe, tu te rends sur le site du Metropolitan Police Department (警視庁) et tu localises le centre de délivrance des permis de conduire le plus proche de ton logement, n'est-ce pas ?
Que nenni ! Il faut faire très attention.
Bien qu'il y ait trois centres qui gèrent les permis de conduire pour les résidents de Tokyo, tous ne permettent pas les conversions de permis pour n'importe quel pays !
Chaque centre gère un ensemble spécifique de pays.
Certains s'occupent des pays où :
- la conversion directe est possible (France, Allemagne, Italie, Espagne, Canada, Taïwan et plus)
- la conversion directe n'est pas possible (Philippines, Indonésie, Malaisie, Chine, Brésil, et plus).
Note : Ici "conversion directe" signifie que tu peux convertir ton permis sans passer d'examens de conduite ou encore le code de la route japonais !
Dans notre cas, quel centre faut-il choisir ?
Le Kōtō Driving License Center !
En choisissant ce centre, tu peux t'éviter le défi de devoir t'y rendre à 5h du matin pour peut-être avoir l'éventuelle chance d'être pris en charge.
Dans mon cas, j'ai même pu y aller sans rendez-vous, mais il n'est pas dit qu'aujourd'hui ce soit toujours possible. N'hésite pas à appeler au cas où.
Une fois équipé de mon dossier soigneusement préparé, je pouvais passer à l'étape la plus passionnante.
Soumission du dossier au centre identifié #
Important : Prévois au moins quatre bonnes heures de ta journée pour cette étape. Aussi, assure-toi de parler un minimum de japonais (N4 ~ N3 je dirais) si tu souhaites t'y rendre seul.
Ça y est, je suis au Driver's Licence Center de Kōtō.
Je remarque plusieurs files de personnes patientant devant différents guichets. Je repère celui qui gère les conversions de permis étrangers et fais la queue.
Mon tour arrive, je m'avance avec tous mes documents et là... ça commence pour de vrai.
Pré-filtrage #
Alors oui, quand bien même j'ai réuni tous les documents requis et que je me sois rendu en personne au bon centre, il y a... une étape de pré-filtrage.
La personne derrière le guichet va d'abord réaliser une première vérification de mon éligibilité à recevoir un permis japonais.
En quoi consiste cette vérification ?
Ah mais c'est très simple Jamy. L'agent va vérifier que :
- je sois resté plus de trois mois dans le pays où j'ai obtenu mon permis APRÈS son obtention
- mon permis soit encore valide (on a de la chance pour ça)
- le permis appartienne bien aux pays autorisés à être converti en permis japonais
- et d'autres aspects concernant mon identité.
Je me souviens qu'il admirait mon permis comme une sorte d'étrangeté qu'il n'avait jamais rencontrée. En le pointant à un de ses collègues, je le revois même être impressionné.
Forcément, voir un permis de NC, ça doit pas être courant. D'ailleurs, je ne sais même pas si c'est déjà arrivé en fait.
Il continua de vérifier mes documents et c'est quelques moments après qu'il m'annonça que... mon certificat de résidence devait absolument porter la mention de ma nationalité.
Oui, oui, quand bien même je lui ai présenté :
- ma carte d'identité française
- qu'il avait mon passeport français entre ses mains
- ET que ma carte de résident stipulait que je suis de nationalité française !
Il fallait ma nationalité sur mon certificat de résidence.
Ahhh, parfois je l'aime ce Japon bien japonais haha.
Me voilà donc en train de courir — sous la pluie — avec mon dossier en mains au ward office le plus proche pour faire rééditer mon document en prenant garde de cocher la petite case sur le formulaire pour que l'agent ajoute la mention de ma nationalité.
Heureusement, ça ne coûte que ¥200.
Je reçois mon nouveau certificat de résidence, fonce au centre et attends près du guichet que j'avais consulté. Là, la même personne avec qui j'avais discuté me fait signe de passer devant celles qui faisaient déjà la queue (absolument incroyable ça au Japon).
Je lui remets mes documents et quelques instants plus tard, il revient avec et... me délivre la confirmation tant attendue.
Tout est bon !
Il peut lancer le processus de conversion de mon permis !
Pfiouuu.
Il m'a également rendu mon permis et mon passeport. En supplément, j'ai reçu un papier m'indiquant les prochaines étapes du processus.
Étapes qui étaient :
- procéder au règlement au guichet 0
- passer un examen pour la vue au guichet 7
- et se faire prendre en photo au guichet 8.
Avec toutes ces bonnes nouvelles, je me suis empressé de continuer.
Important : Une fois la conversion de ton permis calédonien terminée, celui-ci te sera retourné. Tu seras donc bien en possession de deux permis utilisables dans bien des contrées.
Règlement pour la conversion #
Toujours au centre de délivrance des permis de Kōtō, cette fois-ci avec la confirmation que mon permis allait être converti, j'ai pu me rendre au guichet 0, le guichet des règlements.
Ici, avec une carte bancaire ou par espèce, il est possible de s'acquitter des ¥4000 nécessaires à la conversion du permis.
Chose que j'ai fait avec grand entrain avant de revenir à mon siège initial pour continuer avec le reste.
Examen de la vue et prise de photo #
Je me retrouve maintenant au stand où je dois faire tester ma vision.
Ici, les agents s'assurent que :
- ma vision soit de 0,3 ou plus pour un œil ou 0,7 pour les deux
- je distingue le rouge du bleu du jaune
- conduise avec des lunettes si j'en ai besoin.
En moins de 10 minutes, tout était bon !
Je me suis rendu au tout dernier stand où j'ai affiché mon plus beau sourire pour une photo expresse et les formalités étaient vraiment terminées !
Il ne me restait plus qu'à grimper jusqu'au quatrième étage (troisième en fait étant donné que le rez-de-chaussée compte pour un là-bas) pour ... récupérer mon précieux.
Réception du sésame #
Le quatrième étage.
C'était la toute première fois que je m'y rendais — et peut-être la toute dernière.
Mon dossier complet en main, je montais chaque marche plein d'espoir et de hâte de recevoir mon permis dans quelques petites minutes.
J'y suis.
J'atteignis ma destination et là, qu'est-ce qui se découvre face à moi ? Une salle giiigaaantesque remplie de personnes qui ... attendent.
Ehhh oui.
Après le pré-filtrage, la réédition du certificat de résidence, les examens de la vue, la photo pour le permis, l'attente entre chaque étape, évidemment, je pensais que c'était la fin de la fin.
Apparemment, ce n'était que le début de la fin.
Il fallait encore attendre.
Alors je me suis installé sur une chaise et j'ai... attendu.
5 minutes.
Dans ce court laps de temps, une dizaine d'individus se sont rués vers le comptoir où leurs numéros venaient juste de s'afficher. Je les ai admiré en train de contempler leur sésame.
Ça m'a fait sourire et m'a rappelé que j'allais très bientôt être dans ce même cas.
10 minutes.
15, 20, 30 minutes et... rien. Aucun changement de numéro.
Je remarque sur la droite de la salle qu'il y a une sorte de cafétéria.
Et... on y sert des udons.
Mon plat préféré.
En fait, je l'avais remarqué depuis plus de 20 minutes. Simplement, je ne pensais pas avoir un moment pour songer à éventuellement prendre le temps de m'installer pour y déguster un quelconque met.
Au final, après près de 45 minutes à attendre, je me suis décidé : Udons, me voilà !!
J'ai pris un numéro (ah tiens, encore un), et je me suis installé.
Dans le calme et l'insouciance, je commençais à déguster mon plat de udon qui arriva en 5 petites minutes. Je savourais chaque instant, me remémorant que dans un délai inconnu, j'allais recevoir mon beau permis de conduire japonais.
Cela faisait tout juste 5 minutes que je m'étais abandonné à mon met quand soudain...
Ding dong ! Mon numéro.
Même pas 5 minutes que je m'étais installé et voilà qu'on appelle déjà mon numéro. Si ce n'était pas un gag, je ne sais pas ce que c'était haha.
Je me suis levé, évidemment content et apaisé, puis d'un pas résolu je me suis rendu au comptoir et ai saisi mon permis.
Non sans une certaine joie, je tenais et admirais mon précieux sésame pour une durée que je ne saurais quantifier.
Après ce moment de satisfaction, je m'en suis retourné à mes udons et une fois ceux-là terminés, je quitta le bâtiment, l'estomac rempli et mon portemonnaie lui aussi plus fourni.
Le format du permis japonais #
Je trouve ça super pratique.
Le permis japonais adopte le format d'une carte bancaire. Il est donc bien plus petit (et costaud) que le permis rose en papier qui nous est délivré en Nouvelle-Calédonie.
Il s'insère d'ailleurs parfaitement dans mon Kamino Wallet. Tu n'imagines pas ma joie quand j'ai réalisé ce détail, haha.
Aller, on conclu.
Récapitulatif #
Tu sais tout !
Tout sur comment obtenir un permis de conduire japonais en étant détenteur d'un permis calédonien.
N'hésite pas à me contacter sur LinkedIn si tu as des questions ou pour toute autre demande.
À bientôt !
Ai-je réussi à t'apprendre quelque chose d'utile ? Ou à te faire rire ?
Remercie-moi avec un
matcha !
🍵
